POLITIQUE. Membre d’un « G10 » implosé et président de l’Union calédonienne, Daniel Goa va devoir, sous la nouvelle casquette de porte-parole du FLNKS, rassembler les points de vue dans la perspective du référendum.

Les Nouvelles calédoniennes : Vous êtes membre du « G10 » au titre de l’UC. Que vous inspire le départ de Sonia Backès et de Thierry Santa ?

L’exposé des motifs, lié à la délibération fixant la date du référendum, a été validé par tous. Une fois que Philippe Gomès l’a publié sur son site, Sonia Backès a réagi en indiquant que le document était confidentiel. Beaucoup plus que le motif énoncé, ce sont, je pense, davantage les stratégies de récupération de l’électorat entre Pierre Frogier et Sonia Backès qui apparaissent. La question est maintenant : comment vont-ils revenir dans le groupe ? Le Premier ministre va peut-être venir à leur secours, mais une fois que l’on est dehors… Autre question : à quoi ça sert d’aller au Comité des signataires si on refuse de jouer le jeu ici ? Nous, nous continuons à travailler au sein du « G8 » sur les thématiques.

Cet épisode peut-il ternir la sérénité du Comité des signataires ?

Le Comité des signataires se tiendra, mais il y aura débat. Parce que, lorsqu’il a fallu discuter sur la question (du référendum, NDLR), les uns et les autres ont souhaité renvoyer l’échange au Comité des signataires prévu le 27 mars à Paris, plutôt qu’ici au Congrès. Mais, encore une fois, si on quitte le « G10 », est-ce cohérent d’aller au Comité des signataires ?

Le président de la mission parlementaire sur l’avenir institutionnel, Manuel Valls, a souhaité que la Calédonie reste française. Comment appréciez-vous ces propos ?

Manuel Valls ne peut pas ignorer l’accord de Nouméa. Je l’ai dit à un des membres de la mission, David Habib : l’accord de Nouméa, c’est pour la souveraineté, pour la souveraineté, ou pour la souveraineté. La France, il ne faut pas la réintroduire dans le processus, parce que nous sommes dans un processus de décolonisation. Si au référendum, la réponse est « oui », on pose la question une fois. Si c’est « non », c’est trois fois. Il faut tout de même respecter l’accord de Nouméa jusqu’au bout. Il est bien clair que la France n’est plus le sujet de discussion dans le cadre du processus. Je ne sais pas ce que va amener Emmanuel Macron (président de la République, lors de son séjour en Calédonie, envisagé en mai, Ndlr). Peutêtre que Manuel Valls anticipe sur la venue.

L’idée d’un troisième accord a été exprimée. Les indépendantistes feraient-ils bloc contre cette éventualité ?

Oui. Que peut-il y avoir comme autre accord après ? À l’Union calédonienne, nous oeuvrons pour la souveraineté. Ensuite, désengagement dans une période transitoire pouvant aller jusqu’à dix ans. Discussions donc pendant deux ans sur le transfert des compétences régaliennes, ou négociations pour l’exercice. Et tous les deux ans, qu’il y ait un transfert ou un accord sur le régalien. On ne bouge pas là-dessus. Donc forcément, ça « grince » à droite.

Les actes de délinquance à répétition peuvent-ils avoir un impact sur le projet d’indépendance ?

Ces actes, surtout avec de très jeunes, ne rassurent pas la population, et jouent contre la démarche indépendantiste. Mais je l’ai dit à Manuel Valls, Jean-Marie (Tjibaou, NDLR) déjà à l’époque, quand on lui parlait de violence, indiquait qu’elle était d’abord institutionnelle. Depuis la signature des accords de Matignon, où sont passés les milliards de francs de la France ? Cet argent qui, sous le regard de l’ONU, finance la décolonisation, donc le rééquilibrage. Il n’y a toujours pas de goudron sur des routes en Brousse, l’échec scolaire et la fracture sociale se sont aggravés. C’est un bilan des accords. On a mis à l’écart la catégorie sociale la plus défavorisée. En 1999, après la signature de l’accord de Nouméa, on aurait dû déjà voir l’après-2018 pour y arriver sereinement. On a attendu d’être devant le mur pour commencer à se faire peur. Nous sommes face à nos responsabilités, la jeunesse est ce que l’on en a fait, on l’a mise à l’écart. Des organismes de formation ne devraientils pas accentuer la relation, sur le terrain, entre l’entreprise et le jeune ? Beaucoup d’argent est arrivé, et si ce n’est que cela l’impact, cela ne sert à rien de rester français, on va continuer à nourrir les mêmes ! C’est ce que rejettent des jeunes.

En tant que porte-parole du FLNKS, vous allez être sollicité sur un point capital du projet politique : le financement de l’indépendance. Quelle est la réponse ?

Des équipes ont travaillé, et continuent à peaufiner les éléments. Des débats doivent être menés sur la monnaie, sur le nickel, sur l’optimisation de l’administration publique… L’idée est de dégager de l’argent rien qu’en abordant ces sujets-là. La France n’amène aujourd’hui pas tant que cela. Plus de 150 milliards de francs par an… C’est le chiffre global. Les dépenses réelles tournent autour de 50 milliards de francs environ. Le reste, la majorité, porte sur le fonctionnement des services directement liés aux ambitions de l’État. Une part alors négociable. À propos de la Défense, ce qui est inscrit en dépenses dans le budget français au profit de la Nouvelle-Calédonie, peut être négocié pour le réinscrire en recettes. Il faut discuter avec la France. Elle a un super site ici. Il y a un couloir sous-marin, des plaines… Ce sont des choses qui se monnayent.

C’est-à-dire : maintenir une présence française armée en contrepartie d’un loyer ?

Oui. L’armée française peut être chef de file d’une organisation régionale. On peut monnayer en termes de loyer des terrains militaires, mais aussi en termes de formation. D’où l’importance de nommer le porteparole du FLNKS. Ce sont ces enjeux- là qui sont en discussion aujourd’hui.

Le Palika s’est déclaré prêt à discuter de l’indépendance avec partenariat, or l’Union calédonienne se cale, elle, sur l’accès pur et simple à la pleine souveraineté. Pour le porte-parole du Front, cette différence constitue- t-elle une difficulté dans l’explication ?

Non, ce n’est pas une difficulté. L’accord de Nouméa n’évoque pas quatre hypothèses (décrites dans le rapport de Jean Courtial et Ferdinand Mélin- Soucramanien, NDLR). C’est la souveraineté, c’est le mot utilisé. Paul (Néaoutyine, du Palika) est aussi dessus. Ce sont les conditions d’y parvenir qui sont un peu différentes. Il n’y a pas d’opposition.

Pensez-vous que les autres partis indépendantistes vont s’associer facilement à la campagne du FLNKS ?

Nous verrons au mois d’août. Les indépendantistes qui ne sont pas « FLNKS », ce sont le Rin, la Dus, et le Parti travailliste. Ils ont annoncé qu’à la fin août, ils verront l’état de la liste référendaire. Mais il faut qu’ils s’inscrivent dans la démarche d’aller au référendum. Parce que, quels que soient les motifs, pour l’ONU, un peuple qui perd aux élections mais qui reste uni, c’est parce qu’il est rendu minoritaire chez lui. Mais quand un peuple est désuni, pour l’ONU, il ne mérite pas d’aller plus loin que cela. D’où l’importance de rester ensemble.

« Anticiper »

La proposition visant à nommer un président à la tête de la coalition indépendantiste n’a pas recueilli l’unanimité des voix, au 36e congrès du FLNKS à Poum début février. L’option de la nomination d’un porte-parole a en revanche été privilégiée. La responsabilité a été confiée à Daniel Goa, patron de l’UC. Un porte-parole « pour qu’il y ait une seule parole, pas 36 000 messages ». Maintenant, « le FLNKS a une mission importante à mener, qui est celle d’anticiper sur le pays ». Le promu pense, en outre, d’ores et déjà aux démarches régionales et internationales, dans le but par exemple d’une réunion des intérêts des pays du bassin et de négociations « ensemble ».